Ce sont des parcelles de maraîchage biologique :
des parcelles individuelles, cultivées en famille, en "autoproduction accompagnée", c'est à dire pour sa propre consommation, et avec le soutien d'une structure d'animation pour maintenir la cohésion du groupe et l'engagement de chacun dans une aventure collective
des parcelles pédagogiques, recevant différents publics en formation, groupes d'élèves, de jeunes, de visiteurs... et participant à l'intégration du jardin dans la dynamique citoyenne du quartier et/ou de la ville.
des espaces de convivialité et d'usage collectif, des vergers, des aromatiques, du compostage, de l'outillage, de l'irrigation, du repos, du repas, des lieux de cuisson (bois et/ou solaires....)
Il s'agit de mettre en lien des propriétaires (privés et/ou publics) de terrains en mal d'entretien, qui vont les mettre à disposition de l'association ; des ouvriers du paysage qui vont restaurer puis entretenir ces terrains ; des adhérents jardiniers, qui vont y cultiver leurs parcelles de légumes et de fleurs.
Les conventions de mise à disposition établies entre l'association et les propriétaires sont annuelles et tacitement reconductibles : elles règlent l'usage de la parcelle en échange de son entretien régulier et des travaux de rénovation.
Les critères de sélection des jardiniers sont volontairement succincts, afin de favoriser la mixité sociale et le hasard des rencontres : habiter en appartement, résider dans le quartier ou dans le centre-ville, faire preuve de motivation... Ils ont signé une charte de bon usage les engageant, entre autres, à cultiver en méthode biologique et à respecter les règles de vie commune. L'animatrice intervient de une à deux fois par semaine, au gré du climat et des urgences horticoles. Elle délivre conseils, diagnostics et instructions de jardinage, gère une petite bibliothèque de prêts, fait le lien entre les riverains, les propriétaires et les jardiniers, organise les travaux collectifs et les réunions de groupe (tous les deux mois en moyenne). |
Ce jardin partagé devient un espace de lien social : par les rencontres, le travail en commun, l'émulation, les échanges, les espaces pour les enfants, les fêtes. C'est un lieu de travail mixte, où œuvrent ensemble hommes et femmes, jeunes et vieux, habitants d'HLM et riverains plus aisés, autoproducteurs et groupes d'enfants scolarisés. C'est un vecteur de revalorisation d'un quartier, et de réconciliation avec sa propre image et celle de son environnement. C'est un échange de solidarité entre les propriétaires des terrains et les jardiniers, dont les uns procurent la terre et les autres, son embellissement et son entretien...
Pour les familles modestes, le jardinage en autoproduction participe au chemin de l'insertion : la capacité de faire par soi-même et de consommer le bien produit permet d'accéder à une économie non monétaire, mais non négligeable, qui contribue à réduire les inégalités sociales. Au sein de la vie privée, il permet aux adultes d'avoir une prise concrète sur leur cadre quotidien, il leur offre une part d'autonomie, les aide à se (re)positionner à l'égard de leurs enfants, peut jeter des ponts entre les générations… Vis-à-vis du monde extérieur, il favorise la solidarité intra et intercommunautaire, permet la (re)conquête du statut de producteur, l'apprentissage des codes sociaux, le respect du travail d'autrui….
Faire son jardin permet de rompre le désœuvrement, de (re)trouver un rythme de travail , d'exercer une activité physique, de s'inventer une bonne organisation, d'apprendre de nouvelles techniques, et de se fournir en ressources alimentaires complémentaires, de qualité, qui pourront ouvrir la voie à une évolution vers la diététique et l'équilibre.
C'est aussi une activité qui s'inscrit dans le cycle du vivant , et qui participe à la compréhension des relations entre les êtres vivants, à la réconciliation avec les rythmes du temps et des saisons, au repérage de sa place dans le système, à la responsabilisation de son propre impact . Au travers de la pratique écologique – le cycle de l'humus, le cycle de l'eau, le cycle du carbone etc... – nait alors la notion du respect, le respect envers le milieu qui nous nourrit, envers les autres qui s'y inscrivent, et envers nous-mêmes. De nouveaux comportements plus écologiques peuvent ainsi émerger.
Existe depuis le printemps 2007
Le premier terrain qui a été mis à disposition de l'association est un ancien verger d'une superficie de 2000 m², dans le quartier du Moulin, à Digne les Bains. Il appartient pour deux tiers à une propriétaire privée, domiciliée dans une maison attenante, et pour un tiers à la commune.
Le terrain est organisé en parcelles individuelles, au nombre de 12 actuellement, d'une surface de 70 m² chacune. Un espace collectif a été organisé pour un cabanon accueillant l'outillage commun, des bacs à compost et des étagères de rangement.
Le groupe de jardiniers adhérents s'est d'abord constitué par contact direct et par bouche à oreille. C'est ainsi que 12 adultes ont investi le jardin en mars 2007, par une première journée de travail collectif organisé par l'animatrice, qui a invité également les autres adhérents et sympathisants de l'association. La délimitation des parcelles, le bêchage de la terre, la confection des canaux d'irrigation, la réalisation de bacs de compostage, ont été les travaux de la journée. Chacun a ensuite pris sa parcelle en charge et réalisé ses premiers semis.
La cohérence du groupe s'est mise en place petit à petit, au fil des actions et des décisions communes, certains se connaissaient déjà, d'autre pas. Peu à peu, se sont forgés des liens, des complicités, des affinités. Du côté des enfants aussi, le partage d'un formidable terrain de jeu et de découverte de la nature a été l'occasion de moments inoubliables, le jardinage avec les adultes, les oeufs de Pâques dans les buissons, les pique-nique et les grillades...
De toutes les décisions du groupe, la première fut de nommer le Jardin : une discussion animée, lors de la première réunion, a abouti au choix de la première plante semée dans les parcelles, un engrais vert nommé... Phacélie...
La première année de culture a vu ses réussites, ses échecs, ses enthousiasmes. Le bouquet final a été l'inauguration, organisée en septembre, par une belle journée d'automne et un buffet bien sympathique.
Premiers bilans
Cette première application est tout à la fois une vitrine pour l'association et un lieu d'expérimentation et de mise au point du projet. Déjà se dessinent les atouts et les contraintes d'un tel programme... Il a été intéressant de constater, par exemple, que les propriétaires se sont rapidement montrés très satisfaits, aussi bien de l'aménagement de leur terrain que des relations mises en place avec les jardiniers. En outre, notre jardin n'est pas un îlot isolé : nous sommes au cœur d'un petit quartier résidentiel, et les voisins, les passants, se montrent curieux et intéressés par toute cette nouvelle activité. Non sans quelques difficultés parfois ! Nous avons fait quelques erreurs : des bruits de machines le dimanche, des périodes de laisser-aller où le jardin prenait un aspect un peu trop « bric et broc », des voitures mal garées… Une petite absence de communication également en démarrage du projet. Nous nous sommes alors rendu compte que, si certains riverains s'arrêtaient volontiers pour bavarder, nous questionner et même nous féliciter, d'autres s'interrogeaient, voire désapprouvaient une activité qu'ils cernaient mal. Cette situation, d'ailleurs, n'a pas été sans causer du souci à notre propriétaire, très affligée de se voir blâmée par certains…
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Alors, ni une, ni deux, une « Fête des Voisins » était toute indiquée pour faire un geste symbolique, mais néanmoins fort, envers les habitants du quartier. Un petit buffet, préparé par les jardiniers, a permis à une bonne quarantaine de personnes de se rencontrer en toute amitié. La présence des élus municipaux, l'occasion de dialoguer, de faire visiter le jardin, d'expliciter le projet, a permis de lever des doutes, des non-dits, des aprioris...
Il est évident que le travail sur la rencontre et l'échange ne doit pas se cantonner à notre petit espace jardiné, et qu'au-delà, c'est avec notre environnement, à commencer par le plus proche, que les liens doivent se tisser. Nous retenons la leçon : la Fête de Voisins doit se ritualiser, et pourquoi pas, se synchroniser avec la date nationale, en avril, pour faire de ce jardin un vrai outil de convivialité au sein du quartier.
Autre point positif : la motivation et la bonne volonté des jardiniers sont élevées. Le choix d'un système individuel responsabilise et revalorise chacun dans sa parcelle. Toutes, dans l'ensemble, sont bien tenues, et les premières productions sont encourageantes. Les techniques bios, le tri des déchets domestiques pour le compost, l'utilisation et l'entretien des outils... se passent bien.
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Ce qui demande le plus d'attention reste la dynamique de groupe : la présence de l'animatrice est en évidence nécessaire, pour susciter et entretenir l'esprit du collectif. La communication n'est pas simple, car chacun vient à son gré pour jardiner, et croise les autres au hasard des disponibilités.
L'organisation des travaux collectifs a tendance à passer, et c'est normal, en deuxième plan par rapport aux travaux que chacun veut faire « chez lui ». Certains non-dits, certaines rancœurs peuvent s'accumuler, pour des outils abîmés, des réserves d'eau vidées, des partages mal équilibrés. Ainsi, réunir les adhérents, organiser les tâches communes, transmettre les consignes et les messages, ouvrir et animer les discussions, générer de l'émulation et de l'esprit festif, développer les entraides et les échanges, proposer des activités nouvelles, informer sur l'actualité en matière d'environnement, inciter à la participation aux manifestations locales, etc..., telles sont les missions déjà mises en place et qui demandent à être développées de plus en plus dans le cadre de l'animation des jardins.
L'attribution des parcelles doit aussi rester de la responsabilité de la structure porteuse : maintenir la mixité sociale tout en garantissant une vraie neutralité ne peut se faire qu'avec des critères simples et objectifs, et en premier lieu, la chronologie des inscriptions. Un autre paramètre important, plus ou moins réalisable selon les cas, est de favoriser une logique de quartier, pour que le jardin se fasse par et pour ses habitants...
Le Jardin des Phacélies a vécu ces deux phases : l'époque "pionnière" a reçu indifféremment tous les habitants de Digne, mais au fur et à mesure des départs et des nouvelles inscriptions, et grâce aux autres jardins créés depuis qui diversifient les offres, le critère "habitant du quartier" peut s'appliquer et permettre une vraie dynamique locale.
Existe depuis le printemps 2008
A partir de 2007, A Fleur de Pierre travaille sur le projet « Jardins Solidaires et Compostage Autonome au Pigeonnier-Barbejas » en partenariat avec l'association GESPER. Dans le quartier des Thermes, à Digne les Bains, au pied d'un cité HLM composée d'une vingtaine de bâtiments de quatre étages, regroupant 380 appartements, c'est un terrain de 2500 m², qui est mis à disposition par la municipalité : les deux associations oeuvrent à la mise en place d'un double projet :
des jardins solidaires, probablement sous forme de parcelles individuelles (à l'image du fonctionnement des Phacélies), et de parcelles pédagogiques, s'adresseront aux résidants et aux établissements scolaires du quartier ;
une station de compostage permettra à tous les habitants du quartier de trier et d'apporter leurs déchets organiques (épluchures de légumes, restes de repas, papiers, marc de café...), et mettra ensuite à disposition de tous un compost de qualité, pour les jardiniers et même les particuliers qui possèdent des plantes vertes !
Durant l'hiver 2007-2008, une phase de sensibilisation a été réalisée auprès des habitants du quartier. En mars 2008, un groupe de « futurs jardiniers » s'est constitué.Le printemps est consacré au travail de cette équipe pour mettre au point le projet d'aménagement des jardins, dans le respect de la Charte de l'Association : valeurs d'échanges et de solidarité, méthodes culturales biologiques, respect du patrimoine... Il se fait quantité de décisions à prendre, depuis la taille des parcelles jusqu'à l'agencement des équipements collectifs.
Les Jardins se suivent et ne se ressemblent pas. L'histoire des Cerises montre qu'aucune aventure n'est reproductible à l'identique, qu'il faut se réinventer chaque fois. Quelle chance ! Bien sûr, ce que nous apprenons aux Phacélies nous est utile. Mais l'expérience des Cerises nous offre d'autres surprises, d'autres gageures.
C'est un quartier où tout le monde se connait peu ou prou, et où l'enjeu, finalement, c'est de se rencontrer autrement ... C'est un quartier où les habitudes sont déjà prises, et où une nouvelle histoire doit trouver sa place... C'est un quartier qui conjugue une vraie solidarité avec un tout aussi vrai potentiel de violence, et qui promet autant qu'il n'entrave.
C'est un Jardin qui a rencontré ses Jardiniers, tous motivés, tous volontaires, tous appliqués. Et ils ont eu bien du courage, ces jardiniers, qui ont dû commencer leurs cultures sur le tard, sans infrastructures vraiment installées, sans cabanon pour les outils, sans irrigation définitive. Ils sont vraiment nos Pionniers, nos Défricheurs, au propre comme au figuré, certains néophytes, d'autres plus expérimentés, et la plupart des parcelles ont vu naître de belles récoltes, soignées, prometteuses…
Mais ce n'est pas facile de passer de UN à PLUSIEURS ! Pas facile de partager – l'eau, les outils, les efforts… De se côtoyer, de se laisser des droits de passage, des tours de rôles, des parts égales… Pas facile d'oublier les conflits nés dans les cages d'escaliers, d'endosser d'autres rôles : devenir cojardiniers, en sus d'être colocataires… Ainsi faut-il apaiser les tiraillements, non pas avec les voisins, mais entre voisins. Et ce sont bien l'envie de pérenniser le jardin, la nécessité d'être ensemble pour cela, et la fierté d'y parvenir, qui peuvent y contribuer. Et d'un coup, l'essence-même du projet se rappelle à nous : la convivialité, le vivre-ensemble, l'invention de nouveaux liens...
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Le résultat est là : 17 parcelles de 70 m², une station de compostage collectif, un jardin pédagogique, un cabanon et l'outillage pour tous, un espace de convivialité, table, bancs, des plantes ornementales, aromatiques, médicinales etc... D'autres aménagements se feront encore, des plantations fruitières, de l'ombrage, de la cuisine solaire, de l'irrigation un peu plus performante, d'autres encore.
C'est un jardin encore en mouvance, en devenir. Les voisins, les écoliers, les visiteurs, tous passent par là et apprécient la progression.
Et c'est déjà un jardin pour faire la fête. Deux éditions, mai 2009 et mai 2010, des "Jardins en Fête" ont mobilisé tous les adhérents de l'association et pas seulement ceux des Cerises, car c'est aussi l'occasion pour tous les jardiniers d'A Fleur de Pierre de se rencontrer et d'agir ensemble. Un week-end entier pour ouvrir le jardin aux Dignois, organiser des animations, des spectacles, un troc de plantes, des ateliers, une buvette, de la musique..., et parler jardinage biologique et solidarité.
Bien décidés à recommencer tous les ans !
| Le Jardin des Grelinettes |
Existe depuis le printemps 2010
Un nouveau Jardin, et bien sûr encore différent, tant par son histoire que par sa configuration :
un petit terrain clos en plein centre ville, proposé par un propriétaire privé ;
juste de quoi accueillir 4 familles, avec 50 m² chacune ;
un petit local abrité pour les outils, un évier, des rangements, l'accès à l'eau ;
L'animation et la mobilisation sur un petit groupe ne sont pas choses faciles : mais comment ne pas craquer devant ce petit jardin de poche, juste derrière le boulevard Gassendi, véritable oasis entre les bâtiments, si joli, si pratique, si accessible ? Nous n'avons pas hésité longtemps, et nous n'avons pas mis longtemps non plus à trouver des candidats.
Un couple avec enfants, deux copines, une jeune maman et sa fille, et chose nouelle et intéressante, un groupe : une structure d'aide aux personnes en difficultés psychologiques, ISATIS, désire tenter l'aventure avec quelques encadrants et quelques patients, tous partants pour l'aventure.
Finalement, notre mini-jardin solidaire accueille pas mal de monde sur ses 400 m² : une bonne quinzaine d'adultes et quelques enfants. Un bon coup de nettoyage en début de printemps pour remettre en état un espace en friche depuis plusieurs années, puis une première séance collective de bêchage de terrain à la grelinette (voir page spéciale "jardinage biologique" sur le sujet). Ah ! magnifique grelinette ! qui nous décompacte sans effort une terre en jachère ! qui arrache les racines des adventices sans les casser ! qui ne bouleverse pas les différentes couches du sol où toutes les bonnes petites bêtes vivent tranquillement ! et, ce n'est pas négligeable, qui ne nous casse pas non plus nos petits dos fragiles !
Nos néo-jardinières en sont si enthousiasmées que, ni une ni deux, le jardin s'en trouve baptisé : aucune hésitation, ce sera le Jardin des Grelinettes, et puis c'est tout !
Merveilleux Jardin des Grelinettes, à la bonne terre noire si riche, à l'ensoleillement généreux, renforcé par les murs tout autour qui gardent et restituent la chaleur dès le début du printemps. Comme souvent, un jardin réinvesti, choyé, dorloté, après des années d'abandon, ronronne et explose. Que dire ici devant les pieds de tomates exubérants, les énormes salades, les courgettes et les aubergines dignes d'un concours horticole ? Simplement : pourvu que ça dure...
Comme on se doute que ce n'est pas si simple, on a aussi commencé un compost, et préparé des extraits fermentés, ortie, consoude, toutes ces bonnes choses qui plaisent tant à nos légumes.
A suivre les saisons prochaines...